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La nuit du souvenir . .
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Une demeure majestueuse se
dressait sous les ailes de la nuit ,
comme la vie se tient sous
le couvert de la mort .
Une femme s'y trouvait assise
devant un bureau d'ivoire,
et elle appuyait sa jolie
tête sur sa douce main comme un
lys flétri se penche
sur ses pétales . Elle regarda autour d'elle
comme une malheureuse prisonnière
cherchant à
transpercer des yeux les
murs du donjon afin d'apercevoir
la vie s'avancer au milieu
de la procession de la liberté .
Les heures s'écoulaient
comme les fantômes de la nuit ,
comme une procession entonnant
l' élégie de son chagrin,
et la femme répendait
ses larmes dans une solitude angoissée .
lorsqu'elle ne put plus retenir
à la pression de sa douleur ,
et lorsqu'elle se sentit
en pleine possession des secrets entassés dans son coeur ,
elle prit une plume d 'oie
et , mélangeant ses larmes à l'encre sur le parchemin ,
elle écrivit : <<
Ma soeur bien - aimée ,
Lorsque le coeur s'étouffe
dans ses secrets
et que les yeux commencent
à s' emplir de larmes brulantes ,
lors - qu' on a l' impression
que la poitrine va éclater sous le gonflement
du coeur qu'elle emprisonne
, on ne trouve pas de mots pour exprimer un tel dédale
sinon dans une vague de délivrance
.
Les gens qui sont tristes
ont plaisir à se lamenter,
les amants trouvent du réconfort
et de la compasion dans leurs rêves ,
et les opprimés sont
heureux de trouverde la symphatie autour d'eux .
Je t'écris aujourd'
Hui parce que je me sens comme un poète qui imagine la beauté
des objets qu' il décrit
dans ses vers lorsqu' il est dirigé par la puissance divine ...
je suis comme l' enfant d'un
pauvre affamé qui pleure pour qu'on le nourrisse,
poussé par l'armertume
de la faim , sans se préocuper de l'état
de sa malheureuse mère
compatissante et de
sa défaite dans l'
existence.
« Écoute ma triste
histoire , ma chère soeur , et pleure avec moi ,
car les sanglots sont comme
une prière et les larmes de
miséricorde sont comme
une charité qui vient d'une âme vivante ,
sensible et bonne . Elles
ne sont pas versées en vain
C'est par la volonté
de mon pêre que j' ai épousé un homme noble et riche
.
mon pêre était
comme la plupart des riches dont
la seule joie dans la vie
est d'augmenter leur richesse
et ajoutant plus d'or dans
leurs coffres par crainte de la pauvreté et
qui cherchent la grandeur
de la noblesse pour prévenir l' attaque de sombres jours ...
maintenant , avec tout mon
amour
et tous mes rêves ,
je me sens comme une victime ,
sacrifiée sur un autel
d' or que je hais à un honneur héréditaire que
je m' éprise .
je respecte mon mari parce
qu'il est généreux et aimable envers tout le monde .
Il essaie de m' apporter
le bonheur, et il dépense son or pour plaire à mon coeur
,
mais, j'ai découvert
que l'impression de toutes ces choses ne vaut pas un seul
moment d' amour véritable
et divin .Ne te moque pas de moi ,
ma soeur , car je suis maintenant
très informée des besoins de femme,
ce coeur qui bat et qui est
comme un oiseau volant dans le vaste ciel de l 'amour ...
C'est comme un vase rempli
du vin des siècles pressés par les âmes assoiffées
...
C'est comme un livre dans
les pages duquel on trouve des chapitres
de joie et de malheur , de
bonheur et de peine , de rire et de chagrin .
Personne ne peut lire un
tel livre sinon le vrai compagnon
qui est l'autre moitié
d' une femme créé pour elle depuis le commencement du monde
.
OUI , je suis devenue très
savante entre toutes les femmes en ce qui concerne
les desseins de l'âmes
et la signification du coeur ,
car j' ai découvert
que mes magnifiques chevaux , mes superbes carrosses ,
mes coffres pleins d'or brillant
et ma sublime noblesse
ne valent pas un seul des
regards de ce pauvre homme qui m'attend patiemmment
et qui souffre des affres
de l'amertume et de la misère ...
Cet homme opprimé
par la volonté cruelle de mon pêre
et emprisonné dans
l' étroite et mélancolique geôle de la vie...
Je t'en prie , ma chère
ne cherche pas à me consoler car le malheur à travers
lequel j' ai compris la puissance
de mon amour est mon grand consolateur .
Maintenant , je regarde devant
moi à travers mes larmes et j'attend l'arrivée
de la mort qui me mènera
là ou je rencontrerai le compagnon de mon âme .
Je l'embrasserai alors comme
je le faisais avant d' entrer dans cet étrange monde.
Ne , me juge pas mal , car
je fais mon devoir d'épouse fidèle et je me soumets calmement
et patiemment aux lois
et aux règles de l' homme . J' honore mon mari de tous mes sens,
je le respecte dans mon coeur,
je le révère avec mon âme , mais il y a des réticences
,
car dieu a donné à
mon bien-aimé une part de moi-même avant que je le connaisse
.
Le ciel a voulu que je passe
ma vie avec un homme qui ne m' était pas destiné,
et je perds mon temps en
silence pour obéir à sa volonté . Mais si les portes
de l' éternité
ne s'ouvrent pas, je contemplerai le passé ,
car ce passé est mon
présent ... Je regarderai la vie comme le printemps
regarde l'été
et je contemplerai ses obstacles comme quelqu'un qui a gravi le rude sentier
qui mène au sommet
de la montagne .
*****
À ce moment , la femme
cessa d'écrire et, se cachant le visage derrière les mains,
elle pleura amèrement
. Son coeur refusa de livrer à la plume ses secrets les plus sacrés
,
mais il se résolut
à verser des larmes taries qui se dispersèrent aussitôt
qui se
mêlèrent à
la tendre atmosphère, hâvre des âmes des amants et de
l'esprit des fleurs .
Au bout d'un moment , elle
prit la plume et ajouta : Te souviens-tu de cet homme ?
Te rappelles-tu les rayons
qui émanaient de ses yeux ,
et ce rire qui évoquat
les larmes d'une mère a qui on aurait arraché
son seul enfant. Peux-tu
te souvenir de sa voix sereine parlant à l'écho d'une vallée
lointaine ?
Te souviens-tu comment il
méditait en regardant avec calme et avec envie
des objets auxquels il adressait
d'étranges discours,
et craignait de révéler
les secrets de son grand coeur . ?
Te rappeles-tu ses rêves
et ses croyances ?
te souviens -tu de tout ce
qu'il y avait en cet homme
que l' humanité compte
parmi ses enfants ,
et que mon père regardait
d'un air supérieur parce qu' il était
au - dessus de l ' avidité
terrestre, et plus noble que la grandeur héréditaire ?
Tu sais, ma chère
soeur, que je suis un martyr de ce
monde avillissant et une
victime de l' ignorance .
Veux-tu partager ta symphatie
avec une soeur assise dans le silence de l' horrible
nuit, qui verse ses larmes
tout le contenu de son moi intérieur
et qui te révelle
les secrets de son coeur ? je suis certaine que tu
le feras car je sais que
l'amour a visité ton coeur . »
*****
L'aube vint, et la femme
s' abandonna au sommeil espérant y trouver des rêves
plus doux et plus aimables
que ceux qu'elle avait connus à l'état de veille ...
extrait tiré du livre , LES SECRETS DU COEUR
KHALIL GIBRAN
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